13 mai 2008 – La Blanche / Benoit Doremus au Théatre de Cachan

Malgré la popularité de Benoit Dorémus, deuxième partie de soirée, ce sont les mails hors norme d’Eric La Blanche qui m’ont conduite jusqu’ici. A l’heure où les messageries sont envahies de spams et autres courriels « non sollicités », ses messages, par leur humour et leur singularité, sont un régal. Au point qu’à l’arrivée du petit dernier, on se surprend à cliquer sur le bouton “ouvrir” comme on déballerait avec gourmandise un bonbon au papier coloré.
Sur scène, c’est une formation guitare / basse / batterie / violoncelle qui accompagne Eric la Blanche, avec, dès les premiers instants, la sensation très forte de se trouver en présence d’une grande chanson française. La voix chaude prononce les « r » à la Jacques Brel et laisse parfois échapper des intonations façon Claude Nougaro, tandis que les textes renvoient à la gravité d’un Léo Ferret. La modernité est là pourtant, et l’auteur fait avec mordant la peinture d’une société qui mérite bien de se faire tailler un costard. Au delà d’un certain cynisme à la Florent Marchet, on rit avec l’évocation de la mort de Johnny, ou une chanson hommage à son appendice (pas le nasal, l’autre). Le verbe est ironique («Vive le pétrole cher »), certaines images improbables (« la folle est belle comme un poisson mort »), l’écriture, souvent juste (Le bocal) et le jeu de scène marqué. Jouissif.
« Merci, bonsoir, on va faire un rappel ». Non conventionnel jusqu’au bout, il sera donc rappelé avec bonne humeur et bruit. Forcément.

Le temps d’un tour au bar (il fait horriblement chaud en ce mois de mai) et Benoit Doremus est là. Il n’a pas encore ouvert la bouche qu’on apprécie déjà les musiciens : touché de batterie exceptionnel, piano trois-quart et accordéon (où comment jouer en même temps du premier d’une main et du second de l’autre) incroyables, très belles guitare et contrebasse, le niveau est méchamment élevé.

On se délecte du rythme d’une musique qui mélange chanson et slam (avant, on aurait dit rap), qui sait groover, qui voyage jusqu’à retrouver, sur un accord parfait entre la guitare et le piano, les sons de Supertramp ou bien, par le grattement des cordes de sa guitare sèche, ceux d’un vinyl que l’on scratche. Le cocktail est étonnant, sans pour autant que l’ensemble soit hétérogène.
Le fil conducteur c’est l’artiste, qui « écrit faux » et « chante de la main gauche » (on peut ne pas être d’accord), s’affirme fan d’Eminem comme de Renaud, et déshabille sa vie avec la poésie de son aîné. Une vie pleine de bosses pour grandir, imposer sa voie, ses choix (17 ans, Métier), mûrir encore avec l’enfant d’un autre (Beaupadre) et atterrir sur scène où sa présence est d’une criante évidence. Une vie qu’il dessine avec une plume rare, gouailleuse, rageuse et belle comme le serait celle d’un Gavroche aujourd’hui.
Les musiciens s’éclipsent. Benoit Dorémus a besoin d’être seul avec sa guitare pour Deux pieds dedans, et le réçit intime d’une fugue. Moment suspendu, excessivement émouvant. « C’était une nouvelle chanson » annonce t’il.
Voilà comment on se retrouve à attendre déjà le deuxième album au moment d’acheter le premier …

Isatagada – Crédit Photo : Pascal Boujon