Rock en Stock 2008

1er et 2 août 2008 – Festival Rock en Stock

La route est longue jusqu’à Etaples (Pas-de-Calais), alors on mérite bien une petite pause autoroutière. Et c’est là tout de suite que j’y vais de mon coup de gueule (le seul, promis !) pour les ch’tis planteurs de panneaux de signalisation routière, à cause de qui cette petite pause régénératrice aurait pu être « fatale »…

Vendredi 1er août

Sous la tente prévue pour la presse, Looner nous informe du concept pour les 10 ans du festival. 24 groupes se succèderont parmi lesquels au moins un sélectionné dans la prog de chacune des années passées. En espérant avoir été claire…

Ce ne sont pas les premiers à se produire (avant eux Shymio, Le Duc et Valentine’s Day) mais le premier concert que j’arrive à happer une fois sur les lieux, à savoir les derniers morceaux de Janaloka après avoir remarqué quelques très belles crêtes colorées. A les voir vivre avec autant d’intensité leur musique, je me dis que j’ai encore dû manquer un moment sympathique. Un trio électro-rock rémois qui sortira son premier album « Koma » le 7 novembre prochain. Voilà, c’est dit Boris (clin d’œil au bassiste) !

Après eux, voici venir un Didier Super fidèle à lui-même (show identique à celui de Melun – je vous renvoie à ma chronique à ce sujet) qui ne sait pas encore qu’il va faire ami-ami avec un punk et ses potes ! Didier descend de la grande scène et j’ai juste le temps de rejoindre la régie son avant qu’il y prenne place. A peine a-t-il vissé son casque sur les oreilles que le jeune homme lui montre ses blessures de guerre et ses nouvelles baskets montantes. Le punk empêchant le bon déroulement du concert, des poignées de graviers venant de derrière me cinglent. Il faudra plusieurs gentilles interventions des vigiles pour s’en défaire… Pas méchant pour un sou (un peu alcoolisé très certainement) mais quel pot de colle le loustic !
Quatre ans après leur premier passage en ces mêmes lieux, sur la petite scène, le soleil dans deux paires d’yeux bleus sur trois, c’est Atlantys. Romain nous rappelle que « Délivre-moi » est destinée à « ceux qui courent après le temps ». Forte de cette précision, j’ai l’impression d’entendre pour la première fois ce titre pourtant bien connu des « émouvus » pour avoir été longtemps en haut du classement de l’Indé 30. Plus de références mythologique ou SF qui tiennent, sur scène c’est une explosion d’émotion et énergie. Et plus particulièrement celle de Jacky le bassiste n’hésitant pas à égrener ses notes au nez des festivaliers du premier rang, fait plaisir à voir et à entendre surtout ! Plus à l’aise derrière sa batterie, Mélanie prendra aussi le micro. La note humoristique revient à Jak, proposant à ses fans des préservatifs A…YS ‘au repos) en vente au stand ! Ils remettent une guitare à la lauréate d’un concours à l’issue de leur concert, l’occasion de faire à nouveau preuve de générosité. C’est un groupe bien sympathique que je reverrai avec plaisir : l’une des excellentes surprises de ces deux jours !

Luke avant le coucher du soleil : ça change ! Et les photos n’en sont que meilleures ! La prestation est tout aussi bonne qu’à Melun ! Les dates se succèdent et Luke ne s’essouffle pas ! La grande différence réside dans le contact avec le public, un public comme on les aime et qui donne envie aux artistes de se dépasser. Un petit raté et ça balance « excusez-moi, j’ai l’accordage de Didier (Super) ». Chaque artiste aura d’ailleurs un petit mot pour lui. Les bras croisés, Thomas Boulard provoque un tantinet la foule massée devant lui : « Si on ne dit rien, c’est pour faire plus de musique ! On est vraiment des enfoirés !! » Du moment que la musique est bonne…

Dans la veine de John Butler, je vous présente Rob Sawyer et son reggae acoustique, australien tout comme le premier ! Belle gueule, belle voix… Même façon de se signaler auprès du public : « trio » pour l’un, « stuff » pour l’autre. Mais un cran en-dessous du premier, en toute subjectivité, bien sûr.

22h30. C’est l’arrivée de la nuit et d’un chouette moment en compagnie d’Aqme mais pas de leur
meilleure prestation… Longtemps encapuchonné, Thomas craint-il la pluie ? Pas vraiment, c’est un Thomas complexe qui s’offre à nous. D’abord revendicatif : « Vous êtes vivants ! Ca au moins, on ne vous l’enlèvera pas. » Autre allusion moins sérieuse au gouvernement Sarkozy : « Vous avez l’album de Carla ? » J’avais envie d’ajouter : « et celui de Blackpool (Bravo les gars et Isa !) ? » Puis d’humeur câline décelable dans des instants très  complices avec ses musiciens, que ce soit Ben ou Charlotte. Et enfin maladroit dans certains gestes dont seul il a le secret (il était lesté ce micro, hé oui !) ou en manquant le début d’un ou deux morceaux. On aime toujours autant mais que nous cache-t-il en dehors de cette nouvelle coiffure ?

Sans raison visible, les malchanceux du soir sont Guerilla Poubelle ! Tant que les insultes du genre « tous des cons ! » fusent c’est gérable, beaucoup moins quand la flotte en bouteille et la pluie de graviers s’abattent sur la petite scène (pourquoi pas la grande « qui pue » d’ailleurs dixit Koj à la basse et au chant ?). On se calme, on se calme… surtout que les barrières installées à la va-vite ne semblent guère aux normes comme le remarque Till chant/guitare « leur assurance marchera même pas » ! Devant tant d’animosité, j’admire leur sang-froid et leur capacité à l’autodérision : « Vous avez applaudi avant la fin… C’est pas poli ! » A ceux qui leur demandent un titre des Betteraves (RIP), ils répondent « Est-ce que je te demande de coucher avec son ex ?! » Et pourtant, ce groupe qu’il me tardait de voir en live a été bon et vraiment punchy. Till s’est tellement donné qu’il en termine presque aphone mais il assure que « ça n’arrive que dans les bons concerts ». Sacré eux !!

La soirée s’achèvera très tard avec Scottland (reprises d’AC/DC) et de Cortès (pop) déjà présent en 2006.

Mais avant de me coucher, il me reste un défi à relever. Chose promise, chose due ! Une petite histoire inventée à partir d’une pseudo set liste au feutre bleu et in english trouvée dans la fosse. Comprendra qui voudra ces mots sans queue ni tête en VF. Après un jus d’orange pris à 11h, Mike est en retard. Il avale un steak et du poisson pêché par un pirate. Il lui reste encore 5 minutes pour un yaourt. Pardon mais au moins c’est fait…

Samedi 2 août

« Fiesta et Rock ‘n’ Roll », c’est certain ! Pour la « playa », on est allés la chercher un peu plus haut, du côté du Cap Gris Nez, histoire de diversifier les activités du presque week-end. La météo nous oblige à activer les essuie-glaces, aïe aïe aïe ! Les Lillois de Glowsun sont déjà là, sous une pluie fine. Nos amis punks aussi, très en forme!

Ca ne s’arrange malheureusement pas avec Forty’Oz mais ça n’entame en rien la bonne ambiance qui règne depuis la veille. Inutile de dire que le spectacle se situe tout autant sur scène que dans le public surtout lorsque Mika le chanteur punk-hardcore propose à l’assemblée de faire deux lignes. Ca va se foncer dedans à la manière de Braveheart et personne n’est en reste, pas même les filles !! « C’est ça le hardcore : sentir votre sueur ! » Personne ne se dégonfle et chacun va au contact de l’autre. Le bain de foule donne chaud et on découvre un étrange message dans la tenue de Mika : un pansement sur la braguette ! Traduction ?
L’imprévu qu’on ne regrette pas, c’est Flow qu’on venait de croiser en guest sur la même scène que Forty’Oz. Un Flow en acoustique, tout seul avec sa guitare et qui vaut largement le détour et ce léger chamboulement dans la programmation. L’entrée en matière annonce la couleur, du vingtième degré : « Ca va, ça farte, ça fiste ? » Et puis il le dit, Flow est un Guitar hero et il gardera cette ligne railleuse tout au long du show : « j’aime l’écriture, je parle beau et c’est une chanson qui parle de rien ». Une plage de légèreté qui fait un bien fou dont l’acmé est sans hésitation la reprise de « c’est toi que je t’aime » des Inconnus, entonnée en chœur ! Les compos comme «La résolution » méritent aussi qu’on s’y arrête un peu car « j’arrête d’arrêter » ! S’il passe près de chez vous ne le ratez surtout pas, atmosphère beuverie assurée sauf si vous ne voulez pas vous retrouver en caleçon… Allez, «mort aux vaches » !

L’autre très bonne surprise vient du groupe suivant. Il s’agit de Skip The Use. Prenez Mat, un chanteur qui ressemble à celui de Bloc Party, un rock qui pète bien comme celui de Bloc Party et encore Bloc Party dans le top amis du groupe sur Myspace et pourtant Skip The Use a sa propre identité et quelle identité !! En plus, ils sont français (cocorico !)… et belges ! Autre plus : Jay, le bassiste dont chacun a pu admirer les longues dreads aux extrémités blondes. Comment se fait-il que je n’en ai pas eu vent avant ? La tempête qui se déchaîne dans mes tympans et parcourt le public aura mis le temps à me parvenir mais je ne suis pas prête à les laisser voguer sans m’intéresser au cap qu’ils prendront. Petite dédicace à Kant-1 d’Ace Out qui se produira après eux, visant la lutte pour les homosexuels… Confirmation faite, Mat, il y a bien des filles et des « paires de couilles » parmi les festivaliers ! « She’s my lady »… un vrai régal !
Nice Price, groupe local, qui succède à Skip The Use paraît bien pâle avec des reprises de standards de british rock. La transition se fait difficilement… Pareil pour Lutin bleu alors que l’installation du décor (frigo et autres étrangetés à ressorts) laissait présager mieux…

Grâce à Ace Out, je reprends du poil de la bête ! On n’en finit décidément plus avec les belles
découvertes. Locha au chant arrive en blouson de cuir mais la température monte et il se retrouve bien vite plus à l’aise torse nu. C’est rock, c’est club : autrement dit, tous en place sur le dancefloor, du plus petit au plus grand ! Pas sûre qu’ils aient leur égal dans le style musical qu’ils ont inventé. Dommage qu’ils ne soient pas très loquaces entre deux morceaux car moi qui comptais les interviewer après, bah j’ai dû remballer mes questions. Ce sera pour une autre fois ! Un aperçu fun et sexy ? Allez zyeuter le clip pas encore de circonstances de « Holiday blues ». « Just test (them) » et vous les adopterez !

Et maintenant, ceux que beaucoup attendent : les Nashville Pussy ! Musicalement, je n’y ai pas trop trouvé mon compte mais c’était bien sympa de photographier et voir évoluer Ruyters la guitariste (dont je n’ai jamais vu le visage sous un rideau capillaire) et Karen la bassiste et leurs cheveux au vent (un peu moins pour Blaine…) ! Un sacré spectacle qu’il nous livre là et qui prend fin avec les cordes que Ruyters arrache de sa guitare à une extrémité de la scène. « Hate and Whisky » ? Ce dernier fera bientôt son apparition sous la forme d’une bouteille vide dans la main de Ruyters sur la photo traditionnelle de fin de concert avec le public de Mass Hysteria…

Pendant l’attente de la montée sur scène de Mass Hysteria, on assiste au déroulé de la pochette de « Une somme de détails », leur dernier album, en fond de scène. Ils commencent par deux chansons d’amour parce qu’il y a « un cœur derrière cette masse de muscles », annonce Mouss (voix) en désignant Yann (guitare). Le groupe a l’air de se sentir très bien à Rock en Stock : « le cosmos au-dessus, la mer derrière, on respire ! » La seule chanson politique sera « Echec » : tout un programme ! Devant l’enthousiasme du public, Mouss demandera aux filles «de boire aussi pour que leurs mecs assurent cette nuit ! Chut ! y’a des petits dans la salle ! Avant de clôturer le set, Mouss demande à vingt furieux (Ruyters des Nashville Pussy ne se fait pas prier) de monter sur scène interpréter une chorégraphie sur « Furia ». Hey ! t’oublie pas, on se retrouve au bar ?

Royal Bubble Orchestra tient d’un Audioslave, en plus « caverneux ». Plus métal que rock, cela s’écoute avec plaisir tout comme leur reprise de « Lullaby » de The Cure… Ces gars-là sont parvenus en un rien de temps à m’embarquer sur leurs ailes !
Le remplacement de The Exploited (le chanteur Wattie Buchan s’étant cassé une jambe) par Punish Yourselfsemble satisfaire largement les punks qui ont fait le déplacement pour le clou du spectacle. Des torses masculins et féminins de mannequins enchaînés : ça sent le bondage ! Les membres du groupe se mettent en place et je ne vois rien du maquillage fluo jusqu’à ce que les néons noirs soient activés. Et là, tout prend une autre tournure !  Effrayant et fascinant à la fois, surtout que c’est là première fois que je les voyais sur scène : je ne savais pas du tout à quoi m’attendre… vx 69 explique comment s’y prendre : « vous allez bouger votre cul ». Le chanteur a tout du squelette sanguinolent et désarticulé, Miss Z (guitare/chant/percussions) est majoritairement jaune, P.RLOX (guitare) bleu, plus difficile à dire pour le batteur. Sans compter l’étincelante présence de Klodia à la danse et à la pyrotechnie. Au niveau visuel, c’est carrément énorme ! Celle-ci se présente d’abord sous les traits et les attributs d’une pom pom girl. Attendez, vous n’avez pas tout vu ! vx 69 entame alors une danse macabre avec un accessoire de son cru, mi chapelet mi squelette. Klodia le retour, l’air de rien, portant un chapeau melon. Puis, des une pluie d’étoiles jaillit de son buste en frottant un engin sur le tablier métallique qui l’entoure. Klodia-Shiva aux seins nus apparaît à nouveau, munie de coups de poings-torches. Elle souffle ses bougies avant de sortir de scène et après nous en avoir mis plein la vue. E-pous-tou-fflant !

Durant la prochaine édition, on trouvera bien le temps de visiter les loges. C’est promis, Stéphane ? Merci à toi pour cette escapade punkement géniale !

Clo’s Song – Crédit photo : Clo’s Song