26 au 28 Septembre 2008 – Musik’Elles à Meaux

Toujours le même gafouillage sur la route dès lors que je me rends plus au nord de Marne-la-Vallée. Il est grand temps de m’offrir un GPS, là pour me rendre à Meaux, ville du nord de la Seine-et-Marne ! Si le nom du festival « Les Musik’elles » ne nous éclairait pas assez sur son concept, plus de doute possible devant l’énorme symbole femelle qui trône au milieu de la pelouse, derrière l’espace presse.

Vendredi 26 septembre

Toujours le même gafouillage sur la route dès lors que je me rends plus au nord de Marne-la-Vallée. Il est grand temps de m’offrir un GPS, là pour me rendre à Meaux, ville du nord de la Seine-et-Marne ! Si le nom du festival « Les Musik’elles » ne nous éclairait pas assez sur son concept, plus de doute possible devant l’énorme symbole femelle qui trône au milieu de la pelouse, derrière l’espace presse.

Qui est cette « tourterelle » blessée par un coup de plomb reçu à 20 ans ? Toujours est-il que ce bel oiseau se sent le besoin de régler ses comptes avec des bourreaux… Reconnaissante, elle l’est envers la municipalité qui l’a déjà accueillie, 3 ou 4 ans auparavant, à l’Espace Caravelle où commencent mes pérégrinations. « Après le parc Chenonceau, vous ne pouvez pas le manquer ! » Grande est ma surprise quand il faut descendre dans les profondeurs d’une médiathèque afin d’accéder à une belle salle de spectacles de 200 places assises.
Auteur, compositeur et musicienne, Marie Cherrier (puisque c’est bien d’elle qu’il s’agit !) s’accompagne au tambourin et à la guitare. Sa voix claire comme l’eau sait aussi nous conter l’insouciance sur un air d’accordéon. Son ami « Pierrot» entraîne vite toute la salle dans son univers clair-obscur qui contraste avec le T-shirt GRD de Christophe Bartares, le bassiste. Et de temps à autre, rien de tel qu’une balade poétique comme « Le temps des noyaux », simple et sans prétention, portée par la voix d’une grande enfant assise sur un tabouret. Puis, celle qui est arrivée souriante et enjouée en scène dans des bottes en daim se met à cracher sa colère. Dans la chanson pour Renaud qu’on prend d’abord pour un hommage, Marie a une dent contre la jeune muse de l’artiste à qui elle dit par ce biais « toute [s]on admiration et toute [s]a déception ». C’est sans difficulté qu’elle touche le cœur d’une génération qui a déjà vécu comme ce trentenaire du premier rang qui fredonne toutes les chansons. Et, bien qu’elle n’ait pas interprété « Le curé », un membre du clergé semble s’être présenté à la séance de dédicaces d’après-concert. « Apprends-moi à en rire » trouvera sans difficulté une résonnance en chacun de nous, « maintenant que tu es parti là-haut »… « Je sais qu’elle est intime mon histoire » mais par prudeur, ne la range surtout pas au placard. « Alors quoi ? » Le « cœur d’une baroudeuse » mis à nu mérite bien le déplacement avant l’éclipse que constitue sa sortie de scène, non ?

Gros coup de cœur de cette 4e édition des Musik’elles : la « maigrelette », alias Amélie les Crayons qui n’a rien à envier aux plus grands et gros. Nous entrons avec excitation et étonnement « dans le monde merveilleux de la porte-plume », voie ouverte par M et autres Dionysos. Le « plus » d’Amélie ? Son autodérision à l’image de la chute du morceau 12 du dernier album : « Depuis qu’on s’aime, j’ai plus d’amis ! ». Sortie pieds nus de sa cachette, un clin d’œil et face à une nuisance sonore soudaine, elle s’exclame : « je ne voudrais pas faire pleurer les enfants tout de même ! » Elle est ensuite toute fière d’annoncer qu’elle s’est mariée la semaine précédente… Ceux qui ont vu plusieurs représentations du spectacle « La Porte-Plume » doivent s’étonner de la légalisation de la polygamie en France ! « Vous êtes mous, dites-moi ! » Laisse-nous donc le temps de reprendre nos esprits, Amélie. La chanson suivante nous les fera perdre complètement : « ne vous endormez pas monsieur, ça vous concerne aussi… les toilettes ! » Un clignement d’yeux annonce le début des hostilités : « Quand tu vas aux toilettes, est-ce que tu peux lever la lunette ? » Autant vous dire que c’est l’hilarité générale. Les musiciens souvent dans l’ombre ailleurs prennent avec Amélie une part active au spectacle, chose flagrante pendant les sifflements mémorables des « manteaux » et le titre « De nous non ». Leur quasi interchangeabilité sert d’autant plus la bonne humeur et la dynamique d’ensemble ! Comment ça ? Je me serai trompée de salle ! « Une conférence sur la récurrence dans les névroses et les phobies » ? Remboursée ! Pardon, c’est juste une transition dont Amélie a l’art. Le poétique accentué par des lumières de toute beauté succède au comique lorsqu’en pleine apogée piano-voix : un rire ! Regain de lucidité finale sur l’inhabituelle horaire du concert : « Vous avez pris des congés, des RTT pendant que ça existe encore ? » et d’ajouter « on vient de Lyon ». Déstabilisée, la pauvre « Elizabeth » et sa garde-robe s’en ressentiront. Qu’aura-t-on appris d’Amélie ? Qu’elle est attirée par la beauté de son « docteur », la propreté et la sécurité à moins que ce ne soit que pur théâtre… A très bientôt Amélie, histoire d’en savoir plus !

Une autre Lyonnaise, Charlie, la révélation tremplin de l’opération « Nouv’elles », a l’immense honneur d’inaugurer la grande scène du site Tauziet. Et quelle configuration ! Un parterre de 5 000 personnes, des gradins de chaque côté et en face, ainsi qu’un grand écran retransmettant le live. Court et bleu vêtue, papillon au-dessus de l’oreille, la jeune fille ne perd pourtant pas contenance. Je dirai même qu’elle assure ! Mais si vous la connaissez : c’est cette même Charlie qui donne la réplique à Mauss sur son titre « Je recherche ».

Après avoir vanté les mérites du festival de la ville dont il est maire sur une chaine hertzienne, Jean-François Copé monte en scène pour bénir l’édition 2008. Il laisse place à une femme, guitare en bandoulière derrière son micro… Malgré son regard toujours aussi pétillant, je suis peu sensible à Suzanne Vega qui avait invité, entre autres, Paul Personne. Problème générationnel peut-être… J’ai tout de même pu reconnaître et apprécier à sa juste valeur le tube « Luka » et l’inoubliable intro de « Tom’s Diner ».

Renan Luce, annoncé dans le programme de la Carte blanche à Juliette, est la raison pour laquelle je reste écouter l’artiste féminine à l’honneur. Pour mon plus grand plaisir, il interprétera seul « Les Voisines » et à deux, un improbable « J’ai encore rêvé d’elle » du groupe « Il était une fois ». Mais en fait, il faut bien avouer que le tango ambiant n’était pas désagréable pour un sou… Il commençait juste à faire un peu frisquet. Les nombreuses interventions de Juliette consisteront à nous rappeler la couleur musicale argentine de sa soirée. Sur scène, se succéderont Jacques Higelin (duo « Champagne »), Nolwenn Leroy, Maurane (marraine des Musik’elles), etc. Les trois femmes en cuir se permettront un énormissime « DJ » de Diam’s, qui en étonnera plus d’un. Son anniversaire la veille lui vaudra des blagues de son amie Maurane, « la vieille morue séchée » ! Quai n°5 ponctuera le tout de Mozart et de « Plus près de toi mo Dieu », dernier morceau joué par les 8 musiciens du Titanic. C’est sur une ultime note culturelle que je décide de retrouver dans le noir le chemin du parking : la définition de la milonga me guidera sur la bonne route.

Samedi 27 septembre
C’est devenu une manie chez moi de me pointer au moment de la montée sur scène du deuxième artiste, ma parole ! Aujourd’hui, Lisa Portelli, place Henri IV ; hier, de la même façon je n’ai pu assister à la prestation de la québécoise Catherine Major imitée de manière succulente par l’incorrigible Amélie. En même temps, je m’en serai voulu de manquer l’autre belle surprise du festival à mes yeux… et à mes oreilles ! J’ai nommé le duo Piuma !! La ressemblance de Romy la brune (voix, guitare) avec l’actrice Amira Casar m’obsèdera une bonne partie de la journée. « Vous connaissez le coup du braquage ? » Demandez-leur de vous l’expliquer. Emilie la blonde, voix et percus, enregistre des sons sur son looper, comme Camille avant elle, le temps pour nous de constater la complicité qui existe entre ces deux-là. Les textes en français et en anglais alternent jusqu’à la jubilatoire et délicate reprise du titre « Lady » de Modjo. Elles seront rejointes le temps d’un morceau par Noémie à l’accordéon. Ca fonctionne du tonnerre sous le soleil mordant de septembre et j’en redemande !

Casquette militaire posée sur des cheveux en bataille, Flow (pour Florence) n’a pas misé sur la touche féminine comme ses comparses mais sur l’engagement, un atout plus sérieux. Une voix cassée et des textes forts pour exprimer sans détour une colère grandissante contre la société. « Aleikoum Shalom », chanson démago parle du Moyen-Orient, « plus facile à situer ». Son premier album « L’âme de fond » est sorti le 29 septembre dernier.

Il faut maintenant faire un choix entre la carte blanche à Anne Sylvestre, spectacle intimiste pour lequel aucun photographe n’est autorisé et deux découvertes dans la même salle que la veille ? Rien de plus simple pour la curieuse que je suis… La première, c’est Lola Lafon, la fille de l’est à la double nationalité franco-biélorusse. Le ton est grinçant ; on ne sait si on doit sourire ou s’apitoyer : « Je t’aurais bien invité, dommage que tu sois mort ». Son interprétation de « Göttingen » de Barbara est absolument troublante. Emotion que seul le live peut susciter. Le charme d’une chanson sur la pluie en roumain. Un effort d’imagination : « Métro Châtelet. Tu es à l’ouest », un mendiant demande de quoi vivre… on lui offre le retour, « les portes du pénitencier » s’ouvre devant lui. Réflexion politique dure mais malheureusement si réaliste. Des frissons parcourent la salle. Une chanson de sorcière et sa suite de malédictions. Dans ce concert-lecture, les « petites histoires » de Lola m’ont plus donné envie de me plonger dans ses romans que dans ses albums. Il faut dire que cette femme blessée sait manier les mots pour nous émouvoir aux larmes.

Juste le temps d’admirer la robe fourreau fleuri de Daphné, d’entendre quelques notes égrenées, de capter un regard envoûtant et nous disparaissons à pas de velours… ou du moins, nous essayons pendant que monte le thème de « Carmen » et apparaissent quelques déhanchements !

Je ne sais plus ce que j’en ai dit après la dernière fois où je les ai vus au Bruit de Melun mais voici un talent plus que confirmé que ces Olympic Dragons ! Il gagne en assurance à chacun de leur concert. Normal quand ces trois meldois jouent sur leurs terres. Seb (guitare et chant) a rasé ses cheveux mais l’énergie est la même. Dans les prochains jours, ils auront terminé l’enregistrement de leur premier album. On leur souhaite évidemment bonne chance.

C’est le tour de Moriarty, un groupe franco-américain inclassable. Ca ne leur pose pas problème de reprendre « Enjoy The Silence » de Depeche Mode. Je crois bien que rien ne les dérange d’ailleurs. Rosemary arrive dans une pelisse brune, buvant à même un vieux broc. Un paravent asiatique en fond de scène. Une tête de bestiole empaillée à bercer… Les membres sont tous plus farfelus et expressifs les uns que les autres. Dès qu’un musicien s’approche du bord de scène, il devient totalement incontrôlable, notamment Stephan à la contrebasse, dit Zim. Tom à l’harmonica et à la machine à écrire nous renvoie à une époque lointaine où l’électricité n’existant pas, on trompait le temps en composant et chassant. Drôle d’impression qu’il nous laisse…

Pauvre Asa (prononcez « acha ») ! Etre confondue par les photographes avec sa choriste !! Il est vrai que son look sérieux de secrétaire en tailleur-pantalon noir, ses cheveux attachés en un strict chignon dénotent avec les tenues clinquantes des stars… Ses tubes aux accents soul et folk  comme « Fire on the moutain » ou « Jailer » sont efficaces et agréables. Les racines africaines de l’artiste sont bien présentes dans sa musique. Une vraie invitation au voyage…

Micky Green, quant à elle, est extrêmement reconnaissable grâce à sa désormais ultra célèbre guitare rose Hello Kitty et à sa chevelure ultra blonde. Cet ancien modèle a pas mal de charisme : le regard enjôleur, le sourire éclatant… Peu bavarde, elle interprétera les titres de son album « White T-shirt », sans sourciller.

Eric Jeanjean, animateur attitré de ces trois jours félicitera le public pour sa patience devant cette installation qui s’éternise. Le show unique d’Amel Bent commence de façon assez minimaliste avec deux choristes qu’elle invite poliment à la rejoindre sur scène. Un pianiste est là pour l’accompagner. Ils étaient annoncés, voici l’orchestre philarmonique et les 140 choristes enfin dévoilés après un DJ set au cours duquel le public se réchauffe et Amel s’éclate au son de ses hits préférés ! Accueillie par un « pooo po po po po pooo » (pauvres White Stripes !), cette nouveauté de taille apporte une plus grande douceur à des textes revendicatifs. « Ma philosophie » en rappel, entonnée par tout le monde, clôturera un concert ne présentant aucun risque de par la constance vocale d’Amel. Dommage qu’elle n’ait pas revêtu la tenue en accord avec son talent…

Robe imprimées, vernis sur les ongles, pinces fantaisie dans les cheveux, sautoirs… Du cuir, de la résille, de la dentelle… Des instruments au féminin : guitare, basse, piano, tambourin, etc. Merci Marino pour ce spectacle. Voyez, messieurs, il y avait vraiment de quoi succomber !

Clo’s Song – Crédit photo : Samuel (lost-pixel) et Clo’s Song