30 mai 2009 – Big Money Makers à Paul Bailliart

Outre le travail et la persévérance, prérequis indispensables, il faut un certain nombre d’ingrédients pour sortir du lot lorsqu’on est un groupe de musique. Il faut le talent, la musique, les chansons ; évidemment. Mais aussi une voix, une attitude. Et du charisme. Bien entendu, une présence scénique, la capacité à créer du lien. Peut être même aussi un emballage et pourquoi pas, pour finir : un nom.

Les Big Money Makers, on a pu le vérifier à Paul Bailliart ce vendredi, ont tout cela.
On les avait quittés en avril 2008, bluffés par une première rencontre en ouverture de FANCY à laquelle on ne s’attendait pas, eu égard à leur jeune âge (la moitié du groupe était encore au lycée). On se souvenait de réminiscences de Madness et d’un chanteur encore un peu rigide.
Plus d’un an après, on les retrouve pour une fin de printemps 2009 qui les voit enchaîner les concerts : Le Plan, le Backstage, le Pop In, l’OPA, et ce soir, la grande salle de Paul Bailliart, que l’on aime d’un amour immodéré pour son festival des Primeurs de Massy, qui permet aux artistes de présenter sur scène leur tout premier album (et aussi, plus simplement, pour sa programmation tout court).
Dans la logique de son rôle de découvreur, la salle donne aujourd’hui tout pouvoir à l’association REZONNE pour mettre à l’affiche des groupes essonniens en lesquels elle croit.

Les heures passent et les groupes défilent. On a râté le premier (Le p’tit Bazar). Mais pas Pincemin, qui fait de la jolie chanson (« Tu changes tout« , notamment) un peu rock, entre Pep’s et Romain Humeau (lui dirait, « entre Bob Dylan et Eminem », mais bon). Deeva affiche une chanteuse qui chante excessivement mal, en accord avec un bassiste excessivement content de lui et un style pop rock façon « mauvais Kyo » (à fuir absolument). Soyouz offre un moment rythmique original, moderne et ethnique, bien dansant « à la Dub », dont on retiendra également la basse à cinq cordes.
Les Big Money Makers clôturent la soirée.
Luc, au chant est toujours celui qui gagna d’ouvrir au Zénith de Paris pour Pete Doherthy, après un concours lancé par un journal gratuit. Il n’est plus, en revanche, le Luc pas franchement libéré du festival les mains sales version 2008 (du moins, c’était le souvenir qu’on en avait).
La transformation est spectaculaire : les Big Money Makers ont désormais un leader 100% décomplexé, qui occupe la scène et a le style d’un véritable front man. Presque insolent, le garçon fanfaronne et prend des poses que des fans pourraient bien se mettre à imiter en série. Parfois truculente, interrogative, ou crâne, la voix n’est pas en reste et le chanteur en joue comme un acteur de théatre; ses modulations sont jouissives et le potentiel, évident. D’autant que le plaisir est là, et qu’il se transmet au public qui a l’air de s’amuser autant que ces cinq là. Les rangs les plus éloignés de la scène se contentent d’un sourire (de la bouche et des yeux) qui ne les quittera plus tandis qu’au plus près du groupe, ça pogote et ça saute dans tous les sens pour accompagner un rock clairement fait pour danser.
Le final du concert est énorme et généreux, avec le renfort d’un trompettiste et d’un trombone. Alors on se surprend à rêver : si ceux là pouvaient consacrer à leur musique autant qu’un groupe professionnel, on ose imaginer pour eux quelques sommets.
Et quand, plusieurs jours après le concert, on en est encore à fredonner « and i am too young to get a jooobbbb » (sur le titre Rolls Royce) ou la mélodie de I against I, on se dit qu’il y a décidément de fortes chances pour que les Big Money Makers ne restent pas seulement un nom.

Isatagada – Crédit photo : Pascal Boujon