André Nerman – Brel ou l’impossible rêve

Suite à la réprésentation du spectacle qu’il a mis en scène « Brel ou l’impossible rêve« , André Nerman me fait la gentillesse d’une interview dans un café. Il y avait encore de la lumière, alors nous sommes entrés…

HL : Comment qualifier ce spectacle mi-chanson mi-théâtre auquel je viens d’assister ?

André Nerman : Moi j’appelle ça du « théâtre musical ». Oui, j’y tiens parce que c’est quand même comme une pièce de théâtre. Ca raconte une histoire : il y a un début, un milieu, une fin. Ensuite, le parcours de Brel. Bon bien sûr, il y a beaucoup de chansons. Et j’aime bien appeler ça voilà un « spectacle musical » ou encore mieux du « théâtre musical ».

HL : Question peu originale qu’on a dû vous poser plusieurs fois, pourquoi votre choix s’est-il porté précisément sur Jacques Brel ?

André Nerman : Bien sûr. La réponse ne sera pas très originale non plus. Une passion de toujours. Mes parents écoutaient Brel ; j’ai grandi avec ça. Quand j’ai eu ma première guitare à 14-15 ans, j’écoutais des groupes rock mais j’adorais Brel quand même. Ca m’a nourri énormément, depuis toujours. Autant pour chanter mais autant aussi en tant que comédien parce que c’était un acteur formidable et ses textes sont des vrais monologues de théâtre et c’est un régal pour un acteur. Voilà, je crois que c’est tout ça qui m’a donné le culot de monter Brel parce qu’il fallait beaucoup de culot. Je ne regrette pas mais au départ, ce n’était pas évident.

HL : Et est-ce qu’on peut dire que votre passion pour la mer vous a rapprochés ?

André Nerman : Je ne sais pas. Peut-être… Vous avez vu ça sur mon Myspace (rires) ! Je crois que je suis plus passionné de la mer que lui ne l’était. Mais il parle beaucoup des plages. La première chanson que j’ai chantée c’est « Le plat pays » avec la Mer du Nord. Je n’ai pas eu de mal à avoir des images. Une grande nostalgie de la mer puisqu’il se trouve la plupart du temps à Paris. Oui, peut-être un petit peu. Ce n’est pas le plus important…

HL : Considérez-vous votre spectacle comme un hommage à Jacques Brel ?

André Nerman : Oui, bien sûr ! Oui, tout à fait. Ce n’est pas que ça mais c’est ça aussi.

HL : Comment Brel s’exporte-t-il à l’étranger ?

André Nerman : Alors, voilà les trois expériences que j’ai eues. Aux Etats-Unis, il est un petit peu connu du fait que Mort Schuman qui a écrit une comédie musicale à partir de ces chansons qui a été beaucoup jouée aux Etats-Unis et qui l’a fait connaître un petit peu. Il faut dire que j’étais dans un circuit très particulier, c’est-à-dire dans des centres culturels français, des alliances françaises ou des universités pour des étudiants qui apprennent le français. Donc, je ne sais pas quel impact il aurait vraiment sur la population. Ca, je pense quelle est quand même un peu faible. Mais dans ces milieux-là, intellectuels, oui. En tout cas, le spectacle a formidablement marché. Les chansons, ils adorent. Il y a quelques chansons qu’ils adorent plus particulièrement : « Ne me quitte pas » évidemment, « Quand on a que l’amour », « Amsterdam », enfin les grands standards….

HL : Finalement, la mélodie est universelle. Il y a la barrière de la langue mais malgré tout, on ressent l’émotion.

André Nerman : Tout à fait.

HL : Parmi vos 3 casquettes à savoir comédien, chanteur, metteur en scène (j’en ai vu une quatrième ce soir : musicien), quelle est la plus difficile à porter ? et quelle est celle que vous préférez ?

André Nerman : Si je devais donner un ordre, ce que j’ai pratiqué le plus, c’est d’être comédien. Ca fait une dizaine d’années que je fais de la mise en scène. Et chanteur, je le suis depuis toujours mais de façon très intermittente, c’est-à-dire que j’ai commencé un peu par ça ; à l’âge de 15 ans, je composais déjà mes propres chansons. Et quand j’ai été pris par le théâtre à l’âge de 20 ans, j’ai un peu laissé ça de côté pendant des années. J’ai repris un peu plus tard. J’ai circulé avec un tour de chant, avec des chansons que je composais moi-même. Et là aussi, il y a eu des choses très bien. J’ai été vraiment pris par ma carrière de comédien. Et je dois dire que depuis que j’ai repris le spectacle de Brel, j’ai l’impression d’être un peu redevenu chanteur. Et puis, ça m’a amené à faire d’autres choses en tant que chanteur. Voilà, ça peut encore ouvrir d’autres opportunités. Quant à mon côté musicien, je gratouille la guitare. J’accompagne les chansons. J’ai appris la musique, je connais la musique mais je ne me considère pas comme un musicien professionnel.

HL : Que pensez-vous de ces artistes qui chantent Brel, comme Florent Pagny par exemple ?

André Nerman : Alors moi je ne suis pas allé voir son spectacle. J’ai écouté à la FNAC. Je trouve qu’on est très dur avec lui parce qu’il a envie de chanter Brel, il le chante. C’est un très bon chanteur. Il chante même très très bien ; il a une très belle voix. Voilà, il chante à sa façon. Je ne l’ai pas vu sur scène mais à l’écouter, il y a des choses qui lui vont plus ou moins bien. Je trouve que les choses en force, il les fait bien et il est moins bon, à mon avis, dans les choses lancinantes. Il est souvent massacré et c’est dommage.

HL : Entre l’interprète féminine et vous, comment vous êtes-vous répartis les chansons ? Plus en force pour l’un, plus en douceur pour l’autre ?

André Nerman : C’est moi qui ai créé la répartition. En fait, j’ai donné à la chanteuse quasiment les seules chansons chantables par une femme parce que la plupart des chansons de Brel sont vraiment des chansons d’homme. C’est ça qui a motivé le choix. Après ça s’est construit en fonction de l’histoire, en essayant une alternance, en essayant que ça se tienne.

HL : Justement, qu’est-ce qui a guidé votre sélection de chansons pour le spectacle parmi un si large répertoire ? vos goûts personnels ? une cohérence thématique ? chronologique ?

André Nerman : Je dirais que c’est surtout une cohérence. Il fallait que ça se tienne, il fallait raconter une histoire. Donc, en fonction de l’histoire de Brel, de la chronologie et d’une cohérence. Une chanson en emmène une autre etc. j’ai dû abandonner des chansons que j’adore. Ce ne sont pas forcément mes préférées. Il y a des chansons que je trouve amusantes mais qui ne resteront pas forcément comme des chefs-d’œuvre de la littérature. Mais c’était impossible de ne pas faire une balance entre des chansons très fortes, très émotionnelles et d’autres beaucoup plus drôles comme « Les Flamandes ». Et donc, j’ai eu des abandons terribles…

HL : Et vous vous rattrapez sur les rappels !

André Nerman : Un petit peu…

HL : Qu’avez-vous apporté de personnel à l’artiste que vous incarnez ?

André Nerman : Ca, ce n’est pas à moi de le dire. Ce que je peux dire, c’est que moi, j’essaie d’être le plus sincère dans ce que je fais. Souvent les gens font l’erreur de penser… Pagny chante du Brel, Laurent Viel chante du Brel… Moi, je ne chante pas du Brel. J’interprète Brel dans un spectacle sur lui. Je me situe plus comme un acteur qui essaie de rentrer dans un personnage. Bien entendu, je n’essaie pas du tout de l’imiter. Par contre, j’essaie de rentrer dans son univers, dans sa peau. Je l’ai étudié physiquement. Donc, on retrouve des trucs de lui dedans.

HL : Comme la douche sur vous, pendant « Amsterdam » : on s’y croyait vraiment !

André Nerman : Oui, oui. Le costume avec la petite cravate, tout ça. Donc, j’essaie de l’incarner en même temps comme un comédien avec un personnage, absolument pas de l’imiter. Je ne cherche absolument pas ça. Avec toute ma sincérité, ma sensibilité à moi, ma personnalité.

HL : Je vois que vous vous êtes produits dans quelques lieux déjà, quelle est la salle où vous avez préféré jouer ?

André Nerman : Peut-être que la salle idéale pour jouer ce spectacle, c’est une salle de 200-250 places où on a en même temps la proximité et la possibilité de bouger, que la mise en scène prenne de l’ampleur. C’est vrai qu’à l’Espace Comedia, qui est un lieu très chouette, ça réduit énormément la mise en scène. Il y a des tas de choses qu’on ne fait pas parce que c’est trop petit…

HL : Vous auriez envie de quoi, par exemple ?

André Nerman : On a joué dans un théâtre qui s’appelle Le Village à Neuilly et c’est parfait comme dimensions. C’était très bien. On a même pu utiliser des choses qu’on n’utilise pas là : utiliser un cyclo de fond, des choses qui se faisaient avec de la lumière… Evidemment, on avait beaucoup plus d’espace pour bouger. Ca donne une autre dimension. Il ne faut pas que ce soit trop grand non plus parce que peut-être qu’on perd de l’intimité et de la proximité avec le public mais voilà, une demi-mesure…

HL : Pour en finir avec le spectacle, petite réflexion que je laisse à votre libre appréciation. Le rêve de Brel, c’était peut-être celui d’être une référence universelle et indémodable…

André Nerman : Pas du tout, je ne crois pas. Alors c’est ce qu’il dit quand on entend sa voix à la fin du spectacle, il dit même « ma vie a été beaucoup plus loin que ce que j’avais jamais espéré » ! Jamais il n’aurait pensé devenir ce qu’il est devenu. Alors, je ne pense pas qu’il avait cette ambition démesurée. Je pense qu’il avait envie de chanter, qu’il avait envie de réussir dans la chanson. Mais je pense que c’était un instinctif, un être entier et d’ailleurs quand il a eu envie d’arrêter de chanter et de faire autre chose, il l’a fait à fond. Il était tout aussi passionné de piloter son avion que de la chanson. Finalement, il a chanté entre l’âge de 20 et 38 ans et il a vécu jusqu’à 49 ans. Et pendant toutes ces autres années, il n’a pas chanté, quasiment. Donc, sa vie, ce n’est pas simplement la chanson. Pour moi, le titre, ça veut dire justement aller jusqu’au bout de ses rêves, même impossibles… Aller au bout de tout. Voilà, c’est ça que j’admire chez lui : cette constance, cette sincérité. J’ai eu d’ailleurs des témoignages de gens qui l’ont approché de très près qui m’ont dit : « Brel n’était pas un calculateur. » Ce n’était pas quelqu’un du showbiz ; il s’en foutait, il ne connaissait personne, à part Brassens. Je crois que c’était son seul copain. Il ne cherchait pas du tout à se mettre en valeur sur le plan social. Ce que je trouve fabuleux avec lui, c’est que 30 ans après sa mort, avec le recul, il est plus universel qu’il ne l’était. Moi je me souviens, quand j’étais gamin, beaucoup de gens le détestaient. Il a vite eu du succès mais il a été très controversé. Des gens qui ne l’aimaient pas, qui pensaient qu’il en faisait trop. Il n’était pas du tout à la mode. C’était l’époque des Yéyés et lui chantait à la façon d’avant. Avec le temps, on l’a redécouvert : les textes, l’intensité…

HL : Alors, qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pou l’avenir ? Quel est votre « impossible rêve » à vous ?

André Nerman : Alors, mon rêve et je me bats pour ça, pour l’instant on n’a pas réussi, c’est de trouver une production et un théâtre à Paris qui aurait comme on dit « pignon son rue ». Qu’on puisse jouer dans un théâtre comme Silvia Monfort. Ca peut être un autre, le 20e… Le Gymnase, enfin je ne sais pas… IL ya plein de théâtre comme ça qui ont une bonne dimension de scène et pour ça, i faut vraiment une production, il faut un directeur de salle qui nous fasse confiance. Qui nous fasse confiance pour un spectacle qui attire le monde alors qu’il n’y a pas vraiment de vedette dans ce spectacle : la vedette c’est Brel. Et que les gens viennent. Ca fait des années que ça dure. Ce que je souhaite vraiment, c’est qu’il y ait un directeur de salle à Paris, d’une salle assez importante qui ose dire : « on les prend ! ». Qu’il y ait des sponsors, qu’il y ait une production… Voilà !

HL : J’espère que vous serez entendu. Merci beaucoup !

André Nerman : Merci.

Interview réalisée par Clo’s Song

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