Bovary

Non, le romantisme n’est pas mort !
Avec leur premier EP, The Crab, les trois garçons de Bovary ont su affirmer d’emblée une identité musicale aboutie, et trouver leur public. Quand nous les avons rencontrés, ils nous ont parlé – avec le plus grand sérieux – de leur vision de la pop actuelle, de littérature classique, de Bob l’Eponge et de Ukulélés…

HexaLive : Vous aviez tous les trois un CV musical déjà bien rempli avant de démarrer l’aventure Bovary…

Alex, (basse et choeurs) : J’ai d’abord participé à plusieurs projets musicaux plus ou moins drôles quand j’étais plus ou moins jeune, on va dire ! Puis j’ai joué avec le groupe Gülcher, qui a rencontré pas mal de succès avec son premier album, After Nature, sorti fin 2006. En fait, je connaissais Yann depuis l’époque de la fac, mais il chantait un peu trop en français à mon goût, vu que le but est tout de même de conquérir le monde ! (rires) Mais là, comme il se remettait à composer en anglais, je me suis dit qu’on pouvait discuter. On a commencé à travailler un début de répertoire, et puis Gabriel est arrivé, fin 2007, ce qui a accéléré le processus.
Gabriel (batterie et choeurs) : J’ai commencé la musique très jeune, j’ai fait du piano à six ans, puis des percussions classiques, du jazz et de la batterie. J’ai eu mon diplôme du conservatoire en 2003 et j’ai intégré l’orchestre philharmonique de Radio France en 2004. En fait, j’ai un parcours hyper académique, mais, en parallèle, j’ai toujours fait beaucoup de jazz et un peu de rock. J’ai aussi monté un quatuor de percussions, qui a gagné des concours et donné pas mal de concerts. J’ai rencontré Yann à l’anniversaire d’un pote, il m’a dit : «Je cherche Dieu !» et j’ai répondu : «Bin, je suis là !» (rires)
Plus sérieusement, ils  cherchaient un batteur, ils m’ont fait écouter quelques morceaux, on a fait une première répétition et au bout de dix minutes, il était évident que ça fonctionnait entre nous !
Yann, (chant et guitare) : Je n’ai pas commencé la musique aussi tôt, moi. Tu nous files des complexes toi, aussi, à avoir commencé à six ans !!! (rires) En fait, ce qui m’a toujours intéressé, même à l’époque où je ne savais pas encore jouer d’un instrument, c’était de manipuler les sons et de créer des chansons. J’ai commencé sur mon ordinateur, avec des samples et des enregistrements pourris, fasciné par l’idée de pouvoir créer quelque chose à partir du son. Ensuite, au fil des années, j’ai fait partie de  plusieurs groupes, de rock anglophone puis de chanson française. Après ça, comme dit Alex, je me suis dit «revenons aux choses sérieuses…» (rires) et je me suis remis à composer en anglais. Un beau jour, je suis tombé sur Alex avec l’air exalté en lui disant « Mec, on va monter un groupe de pop-folk-psychédélique !»

HexaLive : Vous avez travaillé presque un an avant de livrer votre musique au public ?

Yann : Oui, on a voulu vraiment développer notre répertoire avant d’enregistrer quoi que ce soit ou de faire des concerts. C’est un principe auquel on se tient : faire aboutir les chansons au maximum avant de les présenter au public.
Alex : Il y a eu un déclic avec le morceau Hung Wolf Wood. Le répertoire s’est un peu construit autour. Cette chanson a été une sorte de point de départ à l’univers de Bovary.
Yann : C’est une chanson que j’avais écrite il y a plusieurs années et enregistrée simplement avec une guitare acoustique et un violoncelle. Elle a une structure particulière avec plusieurs parties imbriquées, une atmosphère légèrement psychédélique et une mélodie forte. Ce sont autour de ces différents axes que nous  avons commencé à construire nos premiers morceaux.
Alex : On a travaillé les compos pendant quelques mois avec Yann, puis on a fait une démo avec des arrangement sur ordinateur. Ensuite on l’a fait écouter à Gabriel, qui a tout de suite accroché. On cherchait un batteur assez particulier, on ne voulait pas d’une frappe typiquement rock. Gabriel apportait quelque chose de différent.
Gabriel : Oui, je crois que je peux dire que je suis le meilleur batteur de Bovary ! (rires)

HexaLive : Au fait, pourquoi Bovary ?

Yann : Pour plein de raisons en fait. D’abord parce que Bovary, ça sonne d’enfer ! C’est pop et chic, et c’est aussi beau à l’oral qu’à l’écrit.  On voulait aussi un nom qui soit compréhensible en français et en anglais, tout en gardant une coloration française. Or, Madame Bovary est l’un des romans français les plus connus à l’étranger, et sans doute l’un des plus emblématiques de la littérature française. Il y a aussi une raison artistique : Il y a un certain romantisme dans notre musique. C’est une des caractéristiques fortes de ce que nous faisons. Personnellement, j’aime particulièrement l’art de la fin du XIXe. Bovary était un peu un moyen de faire référence à tout ceci. Et enfin, pour faire intello : Madame Bovary, dont les rêves romantiques se heurtent à la triste réalité de son temps, est un personnage universel. Peut-être même encore plus emblématique de nos sociétés en ce début de XXIe siècle…

HexaLive : De cet univers vient de sortir un EP, «The Crab»…

Yann : Oui, ça a été une étape déterminante. Ça nous a permis de prendre une vraie direction, de nous rendre compte que ça marchait et qu’on pouvait aller plus loin.
Gabriel : On l’a enregistré très vite, en octobre dernier. On avait commencé à travailler sur des pistes en juin, puis on a travaillé sur les morceaux un peu chacun de notre côté pendant l’été. En octobre, on est entrés en studio et on a bouclé le disque en trois jours !

HexaLive : Comment se passe le processus d’écriture chez Bovary ?

Yann : C’est très évolutif. En général je pars d’une mélodie ou d’une suite d’accords et d’un texte, puis on bosse avec Alex sur la ligne de basse et sur la structure avec Gabriel. Souvent, ça bouge beaucoup. Notre priorité à tous est de rendre le morceau le meilleur possible. On n’est pas du tout dans l’ego, figés sur des positions. C’est quelque chose de très important pour nous, et c’est la ligne directrice de  notre façon de travailler. On essaye collectivement d’arriver au meilleur résultat.
Gabriel : Le fait d’avoir des parcours musicaux et des formations aussi différentes joue aussi. On vient d’univers très variés, on a un horizon très large, mais quand on bosse ensemble, on va tous dans la même direction. Et puis au bout d’un an à travailler ensemble, on commence à savoir ce qui va être efficace et on arrive généralement à des choix unanimes.

HexaLive : Quelles sont vos influences ? Sur votre Myspace, vous citez entre autres Klimt et Bob l’Eponge ! Vous assumez ?

Alex : A fond, on est un groupe total ! On aime l’art dans sa globalité !
Yann : Sérieusement, les trucs qui nous plaisent, ce sont principalement les morceaux pop à l’anglo-saxonne avec une super mélodie. Ça va de Michaël Jackson aux Beatles ou aux Beach Boys en passant par Prince. Moi je suis assez branché années 60. J’aime cette période parce que la pop a vraiment connu un virage, avec des choeurs partout, des arrangements de dingues et une finesse dans les mélodies, une certaine mélancolie qui s’est peut-être un peu perdue par la suite.
Alex : Je suis plus années 70/80. La suite de l’évolution, en fait : le moment où l’on a justement cassé toutes les grandes chorales, mais en gardant  l’originalité et le goût de l’expérimentation au-delà des codes classiques de la pop. Du coup, je suis venu apporter une petite référence eighties à Yann, qui y était assez réfractaire à l’origine. (rires)
Gabriel : Moi ce serait plutôt la Renaissance ! Ça n’a rien à voir, mais ça donne un mélange de styles assez intéressant !  (rires)  Sérieusement, c’est vrai qu’au conservatoire j’ai été ‘élevé’ au classique, mais je ne m’y suis vraiment intéressé que plus tard. Ce n’est pas évident d’entrer dans cet univers quand on est jeune. La musique classique, c’est un peu comme le vin, il faut en goûter énormément avant de comprendre ce qui fait que c’est bon. Sinon, mes influences, ce sont surtout le jazz et des groupes comme Santana ou Police…
Alex : On est aussi très à l’écoute de l’actualité, des artistes qui innovent. En fait dès qu’une chanson est bonne, peu importe qui la chante, par qui ça a été produit ou sur quel label c’est sorti. On n’est pas dans les querelles de chapelles…

HexaLive : Vous êtes plutôt ouverts et gentils, comme garçons, en somme…Pourtant votre page web proclame « Mort aux Ukulélés !» Pourquoi tant de haine ?

Yann : Bon, j’avoue, à la base c’est une connerie… mais il y a un truc vrai derrière ! En fait on trouve certains travers à la culture indie pop. On n’adhère pas trop au message «plus ça sonne cheap, plus c’est fait avec des instruments pourris, plus c’est crédible». Nous, on veut faire de la musique de qualité, même si on n’a pas de studios à Los Angeles. Donc oui, le coup des Ukulélés c’est avant tout une blague, mais ça reflète aussi notre état d’esprit.
Alex : Il ne faut pas confondre pauvreté musicale et sincérité…
Gabriel : C’est beau ça ! Ceci dit il est vrai que certains artistes arrivent à faire passer des choses très fortes en guitare-chant ou piano-chant, mais ce n’est pas donné à tout le monde. Souvent tu te retrouves avec du remplissage au piano, une pauvre voix par-dessus, et le résultat n’est pas passionnant… Nous, on essaie vraiment d’aller vers des arrangements aboutis, un travail sur les choeurs et la composition…
Yann : On recherche aussi l’originalité, au niveau de l’écriture ou de la façon de construire les morceaux. C’est vrai qu’à notre époque beaucoup de choses ont déjà été faites, mais on a vraiment  la volonté d’essayer à chaque fois de trouver quelque chose de nouveau, soit dans les mélodies, soit dans le thème abordé, soit dans la façon d’arranger. On ne cherche pas à sonner comme tel ou tel autre artiste. Notre idée, c’est de surprendre, de faire quelque chose de personnel et d’aller dans des directions où personne n’est trop allé avant nous.
Propos recueillis par Sarah Portnoï
Retrouvez l’univers de Bovary, leur actualité musicale et leurs dates de concerts sur www.myspace.com/bovarytheband

Leur EP The Crab est en vente sur leur site ou chez Ground Zero.
23 rue Sainte Marthe 75010 Paris – www.groundzero.fr

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