14 – 16 septembre 2007 – Fête de l’Humanité

N’ayant jamais eu l’opportunité de fouler le sol du terrain francilien de la Courneuve, à l’occasion de ma première participation à la Fête de l’Humanité je glanais des informations de toutes parts, du moins, j’essayais. Programmation alléchante, du point de vue local comme international, forfait trois jours fixé à un prix non prohibitif (pour une fois), ainsi que pléthore d’animations et de stands. J’appris que le terrain était immense et relativement excentré, voilà tout…

Vendredi 14

Lorsque j’émerge enfin des embouteillages de fin de journée dans lesquels ma navette a mariné pendant près de quarante minutes, la tendre lumière que jette le soleil sur les chapiteaux et jeux forains, visibles par delà les kiosques d’entrée, me remet en appétit musical. Une marée de cailloux ainsi que quelques malheureux détours plus tard, j’arrive à la Grande Scène où une foule dispersée sur les versants de la colline terrassée mitoyenne apprécie avec décontraction et collation les sons riches et rythmés de Johnny Clegg entouré de vocalistes et instrumentistes souriants et enjoués. Une belle ouverture pour ce festival qui se veut fraternel et solidaire. En bon supporter de l’ovalie, le sud-africain filera ensuite soutenir les Springboks au Stade de France.

Ce premier concert achevé, je tente une percée dans la foule compacte rassemblée autour des buvettes et arrive juste à temps pour profiter des dernières minutes de la formation parisienne Emklem sur la scène Zebrock. Ambiance électrique assurée par un groupe qui, mené par une Emilie habitée, se vante de faire du rock tendancieux: la performance leur donne raison!

Remise de mes premier sprints musicaux, je prends enfin le temps d’observer mon environnement: un imbroglio de stands citoyens, bars à foison et kiosques ethniques constituent le décor de cette manifestation tentaculaire. La musique n’est pas uniquement là où on l’attend, elle est à la fois omniprésente et accessoire. N’oublions pas que la Fête de l’Humanité est le lieu historique de débats politiques (communisme au XXIème siècle, luttes étrangères, rentrée politique) et de forums sociaux (sport, handicap, solidarité, travail, écologie) et professionnels (pluralisme de la presse).

Lové entre l’Internationale et alcohol coulant à flot, je trouve la scène Pays du Nord où Nill Nilotr (prononcé ‘ni l’un ni l’autre’) prouve qu’il n’y a pas que les groupes comme Franz Ferdinand qui sont capables de faire danser les filles. Avec leur savant cocktail d’humour, relevé d’une pointe de jazz manouche et une ribambelle de chorégraphies décomplexantes, il ne fait aucun doute que nous retrouveront ces gars du nord, qui avouent « en avoir fait des bars à poivrots » avant d’atterir à l’Huma, sur les scènes découvertes dans les années à venir.

Lorsque je m’aventure de nouveau du côté de la Grande Scène, je m’apperçois que Grand Corps Malade est en fin de set, et visiblement ému d’être parmi nous à la Courneuve. Il cédera la place à un John Butler Trio magistral…Du côté de la Zebrock, ce sont les fiers défendeurs des couleurs françaises à l’Eurovision, les Fatals Picards, qui font concurrence aux springboks avec leur jeu de scène bondissant, malgré une sono défaillante. Après Johny Clegg, la boucle des ‘good vibes’ du vendredi semble être bouclée!

Samedi 15

Grosse frayeur le deuxième jour de cette 72ème édition quand je débarque enfin du sauna motorisé. Selon l’horaire initial, j’aurais déjà manqué deux concerts qui me tenaient à coeur. Soupir de soulagement à la lecture de la pancarte artisanale listant les concerts Zebrock de l’après midi. Je ne manquerais finalement pas une miette de la performance « disco pop trash kitsch » du duo Ruby Brune. Vénération de la culture nippone riche de ses manga, sashimi et hara kiri…Brune manie à la perfection et provocation l’arme blanche ainsi que le timbre vitaminé de sa voix.

Monte sur scène ensuite un autre trio masculin chapeauté par la « caractérielle » -tantôt jalouse, tantôt vexée- Mademoiselle K. Les balances, qu’effectue lui-même le groupe, entre reprises et prises de bec, donnent le ton à en confondre le public…mais il faudra attendre encore quelques minutes avant que ne réapparaisse la jeune femme, débarrasée de sa veste à capuche. Souriante et corsetée, Katherine partage ses délires et tribulations de jeunes rockeuses avec l’auditoire et des clins d’oeils complices avec ses compagnons de route.

Ma première incursion de la journée sur la Grande Scène vient saluer le retour de Luke. Les enfants de Saturne sorti récemment dans les bacs ouvre donc une nouvelle période de tournée, et nous permet de réentendre des ‘classiques’ de leur deuxième album vendu à près de 300 000 exemplaires telles que ‘Soledad’ et ‘La tête en arrière’ qui semblent hélas, pâtir de nouveaux arrangements.

Alors que la nuit tombe, la ferveur va crescendo dans l’attente de l’entrée sur scène des Anglais de Razorlight, et des Américains Iggy and the Stooges. Dans des styles distincts, entre l’engagement de Johny Borrell sur ‘America’ et l’assaut scénique orchestré par l’Iguane, les deux formations livreront des prestations aussi émouvantes que déjantées.

Dimanche 16

Dimanche, fin du weekend oblige, on prévoit la clôture des festivités en soirée. Avant le discours de Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité, en milieu d’après-midi, la Grande Scène retrouve sa couleur musicale avec l’éclat des cuivres de l’ Orchestre Symphonique de Radio France. Cette année, honneur à l’Amérique avec, entre autres, des extraits de la comédie musicale West Side Story de Leonard Bernstein. On rend, au préalable, hommage à Toni Ramon, directeur de la Maîtrise de Radio France et mort à 41 ans des suites d’une maladie. Celui-ci avait participé à la préparation du Carmina Burana joué lors de l’édition précédente et installé une seconde classe de Maîtrise de Radio France à Bondy.

Pendant ce temps, le duo Milodon, du nom d’un animal préhistorique originaire de Patagonie (comme le guitariste), lauréats du concours Zebrock 2007, font doucement vibrer la foule au son de leur hard folk, comme ils l’appellent, métissage entre un registre folklorique latino-américain, et une musique électro-accoustique, plus sombre et rapide. Candice, toute de blanc vêtue, rend hommage à ce qu’elle considère être la plus belle fête du monde, au point qu’elle voudrait la voir « durer pour toujours ».

Les tentes plient progressivement bagage, mais le village ne désemplit cependant pas. Avec environ une demi-heure de retard, en raison de l’enthousiasme rhétorique des organisateurs, Renaud prend place pour la dernière date de sa tournée – entamée depuis déjà un certain temps – et l’ultime concert de la Fête. C’est un artiste volontaire, comblé, mais toujours aussi engagé et prêt à dispenser un petit cours de rattrapage en matière de géopolitique qu’accueille la foule. Un public qui suit avec une tendresse non dissimulée le parcours, souvent chaotique, du chanteur au foulard rouge.

Renaud sonne de manière politiquement cohérente le glas de l’édition 2007, et une fois la musique achevée et la régie évaporée, je me retrouve à slalomer entre piles d’ordures sauvages, à esquiver les réflexes mal conditionnés d’ individus en état d’ébriété, somme toute, à errer sur un terrain jamais réellement apprivoisé. En levant la tête, j’admire le paysage qui commence sa douce plongée vers l’ombre, en revêtant des tons dégradés plutôt agrumesques…mais point de fruits rouges!

© Soraya Nigita 2007 ( www.myspace.com/s_nigita )

La fête de l’Huma « off »

La fête de l’humanité est une vraie ville.
Déja de par la taille du site, mais surtout parce qu’on peut y trouver différents quartiers, différentes ambiances. Il s’y passe passe toujours quelque chose, impossible de s’y ennuyer.
La musique est partout. Pas seulement sur les grandes scènes en suivant le programme officiel, mais aussi au gré des tentes, des quartiers et des régions.

C’est ainsi que vendredi soir, nous avons assisté au show d’un groupe bien connu sur HexaLive, car ayant terminé deuxième de l’élection de l’artiste de l’année 2006 sur notre site : je veux parler de Mon Côté Manouche. Après avoir joué récemment avec leur presque homonyme Mon Côté Punk et avoir partagé la scène de l’Elysée Montmartre avec Sinsemilia, Sweet Air, Jehro entre autres, les voici sur un stand de la fête de l’huma, et en trio maintenant avec l’ajout d’une contrebassine.
Le show n’est pas encore commencé qu’on les retrouve déja circulant autour des tables, gouailleurs et guitare à la main pour quelques morceaux totalement acoustiques. Il faut dire qu’ils sont comme ca chez Mon Côté Manouche, ils n’hesitent pas à aller au contact, pour discuter et convertir les non-initiés. Et ca se termine presque invariablement de la même façon, avec un sourire et un nouvel afficionados.
Vient ensuite le vrai concert, après des balances un petit peu plus longues que prévues. Mais il en faut plus pour les destabiliser, et leur tchatche attire déja bon nombre de curieux. Les premiers morceaux arrivent. L’ambiance met un peu de temps à s’installer, mais à partir du milieu du set, la sauce prend et ce sera le cas jusqu’à la fin du set, qui arrivera trop tôt pour le public. Même le gérant du stand essaiera de les convaincre de revenir le lendemain, ce qui ne sera pas possible le groupe étant programmé au Cabaret Pirate.
Le set se veut décalé, avec toujours cette gouaille et de nombreux instruments insolites (ukulélé, pipeau, glockenspiel…), les textes sont drolatiques, bien qu’abordant souvent des sujets graves (guerre en Irak, réchauffement climatique, défense des loups…)
Bref, un concert fort sympathique, à l’image des nombreux qu’on peut trouver en parcourant les nombreuses allées du site.

Un autre sport à la fête de l’Huma consiste à trouver les consos les moins chères. En effet, chaque stand a ses propres prix, vraiment rien n’est uniforme et c’est ce qui fait le charme de la fête.
On peut aussi se balader dans la fête comme on ferait un tour de France, voire même un tour du monde. On peut trouver dans un endroit une fête bretonne, avec biniou et bombarde, et croiser deux allées plus loin une fanfare basque. On trouve également une scène des pays du Nord, avec une ambiance chti très bonne enfant. L’occasion de croiser la bàs le groupe Atlantys, qu’on pouvait difficilement rater avec l’affichage effectué sur toute la fête. Et le public à répondu présent à l’appel, avec à la clé une cohorte de nouveaux fans, faisant signer les t-shirts ou albums achetés sur place. Il faut dire que le set a été très efficace, on sent le groupe bien rôdé à la scène.
L’allée d’après, nous voila déja dans le sud, avec les bottes de lavande des alpes de Haute Provence. Et un peu plus loin, c’est le village du monde avec des stands représentant différents pays.
On croise également différents représentants politiques, des débats, prévus ou improvisés, naissent au fil des stands.

Le seul inconvénient que l’on pourrait trouver, est un problème de circulation chronique dans les allées à partir du samedi. Malgré la taille imposante du site, il est souvent peu aisé d’aller d’un point à un autre, au gré des animations sur les stand des bouchons se forment, c’est un peu la rançon de la gloire. Du coup, aller de la grande scène à la scène Zebrock relève parfois du défi. On pourra aussi regretter quelques accès de nervosité de la part de la sécurité de la grande scène, dont une photographe a fait les frais.

Bref, la fête de l’Huma c’est un peu tout ça, un tour d’ambiance, un tour du monde, des rencontres insolites, des groupes que l’on découvre. C’est ce qui fait l’ambiance toute particulière qui y règne.

Arnaud Guignant

Crédit photo : Samuel (lost-pixel.net), Marilou, Arnaud Guignant

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