20 novembre 2008 – Les Fatals Picards + La Chanson du dimanche à l’Empreinte

Un concert en banlieue un jeudi soir, je me dis qu’il n’y a pas lieu de me presser. Dramatique erreur puisque le concert est complet et que la queue devant la salle s’allonge à vue d’œil. Il y a ceux qui resquillent, ceux dont je ne fais pas partie et je prends mon mal en patience malgré le froid.

La Chanson du dimanche un jeudi, quelle drôle d’idée ! « T’as pas perdu ta bonne humeur » en ouverture. On peut dire idem pour ton costume de scène mythique (bretelles et chemise pomme verte) et tes instruments à la pointe de la modernité (la guitare miniature de Clément et le « synthé soviet à monter soi-même »). Le petit changement à constater se situe du côté du banc public que t’as quitté pour investir, à notre plus grand bonheur, les salles de concert françaises. Avant toute chose : la standing ovation, mode d’emploi. « Pour se lever, il faut d’abord s’asseoir ! » Voyez-vous ça, un public entier qui obéit au doigt et à l’œil en s’exécutant dans l’instant. Je serai curieuse de participer à ce genre de sitting au Zénith ou à Bercy : effet garanti !
Attention, maintenant Alexandre sors un petit instru : c’est le retour triomphant du kazoo sur les rythmes reggae et les accents portugais du « Coca light ». Comme les punks de la semaine dernière, eux nous proposent aussi un quart d’heure américain avec la boule à facettes sous forme de « zouk love ». Le public doit tâcher à faire la mer avec les mains. Une fois l’ambiance préparée, les bretelles descendues et la chemise déboutonnée, « Nicolas et Rachida » peuvent entrer en piste et finissant par danser sur du Alain Vincent ou du Francky Souchon, c’est au choix ! « A toi de nous montrer tes talents de guitariste Clément avec une chanson sur la paix ». « Ca vous plaît ? » « On est gardien de la paix, gardien de la paix ». Continuons ensemble dans les sujets de société et de politique puisque c’est l’heure de la chanson-événement, on ne peut plus d’actualité « O Barack » scandée par tous les citoyens présents ce soir. Toute cette campagne s’achève en joyeuse comptine féline. Dans leurs titres hebdomadaires simples en apparence, les jeux de mots sont extrêmement travaillés. Donner une nouvelle jeunesse de manière inédite à des procédés, des références et des rythmes connus par tout un chacun est d’une folle efficacité. Bravons ensemble les interdits et sortons maintenant nos portables « pour simuler une galaxie ». L’Empreinte prend alors la tournure d’un camp de vacances où tout le monde se met à la danse de l’été : « en haut, en bas, à gauche, à droite, tu rames, tu tournes et tu sautes ». Vous ferez moins les malins quand vous vous verrez en photos ! Y’a pire encore ! Vous avez été les premiers à ne pas lâcher Alexandre, descendu dans la fosse pour lancer la chenille. Cette énorme tranche de plaisir intense prend fin avec « petit cheminot ». Personne n’a pris la grosse tête. Pas un n’a perdu sa bonne humeur. Au contraire, elle a été décuplée par cet excellent divertissement.

Les Fatals Picards savent qu’ils ne sont ni Superbus, ni les Wampas mais j’ai comme l’impression qu’ils ont perdu l’identité humoristique qui les a fait connaître. Le jeu de l’arrogance de Paul au micro qui veut toujours avoir le dernier mot m’a vite refroidie. « Tu  discutes alors que moi je vais chanter ! ». Et pourtant, ça commençait bien avec « mon » titre : « La sécurité de l’emploi ». Un petit sondage préalable auprès du public a été réalisé afin de savoir à qui le groupe s’adressait. On fait tout un pataquès autour de Jean-Marc le batteur qui s’essaie également au chant. Mon enthousiasme et mon entrain perd de la vitesse au fur et à mesure du déroulement de leur set. On a bien compris que « C’est la vie cui-cui » t’appartient, Paul : c’est ta chanson, oui-oui ! En banlieue comme à Montpellier… Petite prière pour Zion, le bras levé annonce « Djembé Man ». « Arrive un moment où on fait parler les musiciens. – Oui, mais Hendrickx est mort ! » Tout cela aurait très bien pu me convenir si l’ensemble n’était pas alourdi de considérations politiques en permanence. Ca en devient franchement désagréable… Du coup, vous avez fuir Polo !! Et moi, j’ai bien failli le suivre… « On s’est bien marrés au début, nous abordons maintenant les chansons de gauche. Alors, on se débraille un peu. On est pauvres… Ceux qui portent des lunettes et des chaussures sont les riches de la soirée ». Attention déprime ! « Mon père était tellement de gauche » y trouve forcément sa place. « Est-ce qu’y’a des gens qu’aiment le foot ? » Des mains timides se lèvent. « Cette chanson, elle est pour tous les cons comme toi, prêts à tuer pour ce sport ! ». Je n’étais donc pas dans de bonne conditions pour écouter « Punks à chien » qui m’aurait faire peut-être rire dans d’autres circonstances. La susceptibilité me guette… « L’Amour à la française », chanson en compétition à l’Eurovision 2007 serait le morceau fredonnée par Obama à l’oreille de sa femme la nuit de son élection… La reprise de « Partenaire particulier » permet de sauver ma fin de soirée.
Leur nouvel album est prévu pour 2009.

Clo’s Song – Crédit photo : Clo’s Song