Juillet – Août 2009 – Fnac Indétendances

Changement de décor pour cette sixième édition du Festival Fnac Indétendances qui abandonne désormais les quais de Seine de pour élire domicile place de l’Hôtel de Ville, succès oblige.
Inconvénient : on quitte les terrasses de Paris Plage et la douce atmosphère de province qui faisait le charme et l’originalité de cette manifestation. Avantage : les artistes bénéficient d’une meilleure exposition et le public, plus nombreux, est plus à son aise. En outre le temps, pourtant capricieux en ce mois de juillet, est de la partie : le soleil a répondu présent et la plage est presque là, finalement.

Samedi 25 juillet 2009

Dans les luxueuses coulisses de l’Hôtel de Ville, on croise le propriétaire des lieux flanqué de deux gardes du corps et en coup de vent, un Olivier Bas aussi affairé qu’enthousiaste qui demande d’un air angoissé « alors, qu’est-ce que tu penses de ma programmation ? ». Pas la peine de se demander si celui-là est passionné alors qu’il évoque avec les yeux qui brillent de fierté les deux soirées spéciales qu’il a concoctées cette année. Le 31 juillet verra en effet s’affronter Bordeaux et Clermont pour le titre de « ville la plus rock de France » tandis que le 5 août se prépare une soirée spéciale Afrique sous l’égide de Damon Albarn.

C’est la Casa qui ouvre le bal. D’eux, on ne connaissait vraiment que le titre Go Go Go, qui les avait plutôt estampillés « chanson franchouillarde un peu festive ». Bonne surprise, c’est à la fois ça et bien mieux. D’abord, on lorgne plutôt du côté de l’Amérique du sud que de l’Hexagone. Ensuite, la Casa n’est pas le groupe d’un seul tube et les titres qui se succèdent tiennent la route. Le groupe enfin est communicatif, chante et danse, harangue le public qui participe de bon cœur. Mention spéciale pour les cuivres, parfaits : jamais lourdingues, joyeux, plus proches de ceux d’un Calexico que d’un Fatal Picard, si on osait, on les qualifierait de « subtils » (on a osé). Cerise sur le gâteau, les musiciens s’improvisent danseurs-choristes avec un naturel et une bonne humeur confondantes. On en ressort le sourire aux lèvres, convaincu par cette sorte de musique du monde à la française.

Le changement de genre est total pour Piers Faccini, qui leur succède. On part là encore avec des idées toutes faites sur un artiste dont le nom évoque un crooner spaghetti façon James Blunt, autant dire que le monsieur part avec un sérieux handicap. Handicap comblé dès les premières secondes avec une voix qui n’a rien en commun avec celle de l’insupportable plaintif en question, vraiment très belle. Produit d’héritages anglais, italiens (du côté de ses parents) et français (pour sa terre d’adoption), Piers Faccini n’incite certes pas à faire la fête. Mais sa musique est indéniablement classieuse, de celle que l’on aimerait réentendre dans un lieu plus intimiste, à la Neil Young. Pour le petit détail, on aura reconnu Laetitia Shériff à la basse.

C’est Joseph d’Anvers qui prend la suite – Joseph, et pas Julien, il y tient ; d’ailleurs il « vient de Pigalle » : un peu schizo, le garçon ? – que l’on connaît sur disque avec le très consensuel « Les jours sauvages », mais aussi pour sa collaboration avec le regretté Bashung et aussi, plus surprenant, avec Dick Rivers. Sur scène, les arrangements laissent s’exprimer un côté plus sombre et surtout plus rock. La musique est portée par une formation assez exceptionnelle, au premier rang de laquelle Cédric Leroux (également guitariste de The Short Straws, le groupe qui accompagne Phoebe Killdeer) qu’on n’arrive pas à quitter des yeux tant sa performance est jouissive, mais aussi Tahiti boy au clavier ; excusez du peu. Après un début de set enlevé suivi d’un passage plus lent un peu longuet (« Le continent », encadré par deux titres du précédent album), la prestation de Joseph d’Anvers se termine en beauté avec l’arrivée de The Rodeo (aussi belle que talentueuse) qui jouera sa propre voix sur « A mi distance » mais aussi celle de Money Mark sur l’excellent single « Kids ».

Fin de la soirée avec Joseph Arthur & The lonely astronauts. Le prolifique songwriter américain (à peu près un album par an depuis 1996) s’est parfois produit seul en donnant l’impression d’être plusieurs. On aurait pourtant du mal à ne pas tenir compte du groupe, tout particulièrement de l’irréelle bassiste qui fascine la gente masculine avec son mètre quatre-vingt dix. Le concert sera une explosion de pur rock façon années 70 et en fait, une véritable démonstration avec des moments où l’on entendra une voix qui flirte avec les accents de Mick Jagger et d’autres où l’ambiance glissera plutôt du côté de Ben Harper. Du très, très haut niveau.

L’ouverture de cette sixième édition se termine sur cette note extasiée et l’on se dit qu’on a bien raison, en effet, de faire aveuglément confiance à la programmation d’un festival qui offre une chance unique de découvrir des artistes encore peu connus du grand public. Pari réussi : ce soir, il parait que près de dix mille personne auront eu cette chance.

Isatagada – Crédit photo : Isatagada et Pascal Boujon

Samedi 1er Août

Les concerts du festival Fnac Indétendances ont débuté la semaine dernière, mais en ce premier jour du mois d’août, c’est pour moi la découverte de la nouvelle scène sur le parvis de l’hôtel de ville.

Isatagada a parfaitement résumé dans sa chronique de l’ouverture les avantages et inconvénients de chaque lieu, je ne vais donc pas y revenir. En tout cas, c’est pour le festival un pas en avant majeur qui lui permettra de prendre sans doute encore plus d’envergure. Et quand on voit la pertinence et souvent l’avant-gardisme de la programmation, on ne peut que s’en réjouir.

C’est au son de Steeple Remove que l’on arrive sur les lieux, et c’est l’occasion de voir ce groupe rouennais brièvement écouté avant de partir au concert sur le net. Et c’est le genre de groupe auquel la scène réussit, car même s’ils ne sont pas hyper expensifs, chacun des membres du groupe à une « gueule » : du batteur métronomique écarlate sous l’effort, au bassiste looké motard d’avant guerre en passant pas un guitariste hyper-centré sur sa guitare et complètement dans sa musique. Si la partie rythmique reste simple (maisefficace, les fourmis montent dans les jambes…), les morceaux sont enrichis de multiples sonorités et effets amenés par les claviers. Bref, une très agréable façon de commencer ce samedi de concerts.
Place ensuite à The hand bewitched on the top of your head. Le nom est long et difficile à retenir, mais la prestation l’est beaucoup moins. On y retrouve un parfum d’insouciance et des sonorités qui nous emmènent droit dans les seventies, le tout sur fond de mélodies qui collent tout de suite aux oreilles et qui font passer à toute vitesse ce moment en leur compagnie. Le jeu de scène est un peu surjoué de temps à autre, mais c’est un reproche vite oublié.

Celui qui les suit n’est pas dans le coeur de cible d’HexaLive, mais on notera tout de même le passage très attendu par une bonne partie du public (qui commence à se faire nombreux sur la place) de Peter Von Poelh.

Et pour finir, ceux que l’on ne présente déjà presque plus, les Stuck in the Sound pour leur deuxième passage sur le festival (pour mémoire, voir leur interview de l’indétendances 2007 ). Ce passage a apparemment été prévu de dernière minute, pour preuve les affiches du festival où leur nom a été surimprimé. Mais ils sont contents d’être là, même sur une fin de tournée. On en veut pour preuve les nombreux échanges avec le public, où il est vrai les fans étaient là pour reprendre les désormais classiques tubes du groupe. On en profite au passage pour souhaiter un bon anniversaire à François, batteur du groupe, mais en ce samedi soir, ce sont tous les membres du groupe qui nous ont soufflé à l’occasion de ce concert.

En plus, la météo était de la partie, on a hâte d’être à vendredi pour remettre ça.

Arnaud Guignant  – Crédit photo : Marilou